L’entrepreneuriat islamique

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Le secteur de l’entrepreneuriat islamique ne cesse de se développer ces dernières années. Il repose sur des principes éthiques et des modes de financement dictés par la finance islamique, une industrie qui pèse aujourd’hui plus de 2 300 milliards de dollars dans le monde. Considéré comme une alternative durable aux modèles économiques conventionnels, l’entrepreneuriat islamique suscite un intérêt grandissant aussi bien chez les entrepreneurs musulmans que les investisseurs, qu’ils soient eux-mêmes adeptes de l’islam ou non.

I. Des principes éthiques et religieux forts

Contrairement à une idée répandue, l’entrepreneuriat islamique ne concerne pas que les entrepreneurs de confession musulmane. Ses principes éthiques universels en font un modèle alternatif pour tout type d’entrepreneur, ainsi qu’une philosophie de développement économique durable et responsable.

A. Les fondements de l’éthique islamique des affaires

L’éthique de l’entrepreneuriat et de la finance islamiques puise dans les enseignements religieux, philosophiques et moraux de l’islam. Ses fondements proviennent essentiellement du Coran et de la Sunna (tradition et enseignements du prophète Mahomet).

Les principes clés qui régissent l’économie et les affaires dans la tradition islamique sont les suivants :

– Justice sociale et équité dans les échanges économiques
– Interdiction du ribâ (intérêt et usure)
– Partage équitable des profits et des risques
– Financement de l’économie réelle plutôt que spéculatif
– Zakât : don d’une partie des richesses aux plus démunis (2,5% minimum)

Ces grands principes moraux guident les stratégies économiques et les prises de décision des entreprises se revendiquant de l’éthique islamique.

B. Appliquer ces principes aux affaires modernes

Certes, ces principes fondateurs peuvent sembler parfois difficiles à appliquer intégralement dans le monde des affaires actuel. Mais ils n’en restent pas moins une boussole éthique pour les décideurs économiques et financiers.

De nombreux théologiens, juristes et économistes musulmans travaillent d’ailleurs à adapter ces grands principes moraux au monde moderne. C’est tout l’enjeu de la finance et de l’entrepreneuriat islamiques contemporains.

L’idée est de parvenir à concilier viabilité économique, compétitivité et impact social positif des entreprises qui se réclament de ces principes. Et dans une certaine mesure, cela semble porter ses fruits.

II. Des modes de financement en phase avec l’éthique islamique

Si elle veut être reconnue comme conforme aux principes de la finance islamique, une entreprise doit s’appuyer sur certaines formes de financement alternatifs aux prêts bancaires classiques, qui impliquent le paiement d’intérêts (ribâ).

A. Quelques instruments financiers populaires

Parmi les instruments financiers compatibles avec la Chariâa (loi islamique), voici quelques-uns des plus utilisés :

**Le financement participatif ou Moudharaba**

Formule proche du capital-risque, où le bailleur de fonds et l’entrepreneur se partagent profits et pertes selon un ratio défini.

**La vente avec différé ou Bay’al-murabaha**

L’investisseur achète un bien ou service qui est revendu à l’entrepreneur avec une marge bénéficiaire, à crédit et de manière échelonnée.

**La location-vente ou Ijara**

Montage semblable à du crédit-bail : l’investisseur loue un bien à l’entreprise pendant une certaine période, avant de le lui vendre à un prix convenu.

B. Une industrie dynamique

Ces modes de financement islamiques ont permis le développement d’une industrie dynamique, avec des institutions financières dédiées (banques islamiques), des fonds d’investissement conformes à l’éthique musulmane, et d’innombrables startups et PME à travers le monde.

De Dubai à la Malaisie en passant par le Royaume-Uni, de plus en plus d’incubateurs et d’accélérateurs voient aussi le jour pour encourager l’entrepreneuriat islamique.

III. Un secteur en plein essor

Bien qu’encore marginal à l’échelle mondiale, le secteur de la finance islamique et de l’entrepreneuriat qui y est associé est en pleine explosion. Au-delà de son berceau historique au Moyen-Orient, ce modèle séduit de plus en plus d’acteurs économiques partout dans le monde.

A. Une croissance annuelle à deux chiffres

Malgré les turbulences géopolitiques et économiques de ces dernières années, l’industrie de la finance islamique affiche une croissance annuelle comprise entre 10 et 20% sur la dernière décennie.

D’après le rapport Islamic Finance Development Report publié par Refinitiv, le marché mondial de la finance islamique pesait 2 360 milliards de dollars en 2021. La majorité des actifs se concentrent au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est, mais le secteur progresse sur tous les continents.

Si cette dynamique se confirme, ce total pourrait dépasser les 3 300 milliards de dollars d’ici 2024.

B. Attrait grandissant auprès des investisseurs et entrepreneurs

Cette croissance rapide s’explique en grande partie par l’intérêt grandissant d’un public de plus en plus large pour ce modèle. La finance et l’entrepreneuriat islamiques attirent aussi bien :

– Des entrepreneurs en quête de sens, soucieux d’allier éthique et performance économique ;
– De grands groupes et fonds d’investissement séduits par ses performances de long terme ;
– Des particuliers qui voient là un placement rentable et conforme à leurs valeurs ;
– Des consommateurs (musulmans ou non) en demande de produits répondant à des critères éthiques sur toute la chaîne de valeur.

C. Des perspectives prometteuses dans de nombreux secteurs

Fort de cet attrait grandissant, l’entrepreneuriat islamique ouvre des perspectives prometteuses dans de très nombreux secteurs :

– Agro-alimentaire (halal)
– Mode et habillement (modeste)
– Finance (banques islamiques, fonds d’investissement, assurances takaful)
– Médias et loisirs
– Tourisme (hôtellerie halal)
– Immobilier
– Transport
– Technologies de l’information et de la communication
– Énergie
– Éducation

Partout où une demande de consommation éthique et « halal » émerge, des opportunités existent pour les entreprises musulmanes.

L’entrepreneuriat islamique offre donc des débouchés très variés aux porteurs de projets qui souhaitent concilier performance économique et éthique religieuse.

IV- Une alternative résiliente face aux crises ?

Au-delà des seuls principes religieux, l’entrepreneuriat islamique se veut une alternative économique durable et résiliente, capable de répondre aux grandes crises contemporaines : réchauffement climatique, inégalités sociales, spéculation financière, etc.

A. Un modèle potentiellement plus équilibré

Avec son approche prudente du financement et du crédit, son accent mis sur l’économie réelle plutôt que la spéculation, et ses mécanismes de partage des profits, les défenseurs de l’entrepreneuriat islamique estiment qu’il pourrait constituer un modèle économique plus pérenne.

Contrairement à une économie majoritairement basée sur la dette et la recherche du profit maximal à court terme, ce modèle pourrait s’avérer plus équilibré et durable sur le long terme.

S’il était adopté à grande échelle, il permettrait sans doute de réduire les risques de crise financière et économique qui déstabilisent régulièrement le système capitaliste globalisé.

B. Responsabiliser les acteurs financiers ?

Par ailleurs, en responsabilisant davantage les investisseurs et les contraignant à partager les aléas de l’entreprise qu’ils financent, ce modèle pourrait instaurer une discipline financière salutaire.

Les dérives spéculatives ou les investissements hasardeux et risqués pourraient s’en trouver limités. La stabilité de l’économie réelle pourrait être renforcée.

C. Résister aux futurs chocs ?

Certes, ces effets vertueux potentiels restent encore à prouver à une échelle macroéconomique. Mais après la crise financière de 2008 et au moment où s’annoncent de nouveaux chocs mondiaux (crises énergétiques, climatiques, etc), de plus en plus d’acteurs économiques s’intéressent à la résilience et à la durabilité de ce modèle alternatif.

L’entrepreneuriat islamique pourrait bien avoir un rôle important à jouer pour garantir la stabilité des économies, notamment dans les pays musulmans, face aux tempêtes à venir.

Conclusion

Ainsi, malgré des fondamentaux anciens qui peuvent sembler parfois difficiles à conjuguer avec l’économie moderne, l’entrepreneuriat islamique suscite un intérêt croissant partout dans le monde.

Son développement dynamique, dans des secteurs très variés, en fait une alternative économique de plus en plus crédible. Surtout, il répond aux attentes d’une partie grandissante des entrepreneurs et consommateurs, en quête de sens, d’éthique et de conformité à des principes religieux.

Sa capacité à offrir un modèle potentiellement plus équilibré et résilient que l’économie de marché capitaliste classique lui confère également un statut prometteur aux yeux des investisseurs.

Bien que son poids global reste encore marginal, nul doute donc que l’entrepreneuriat islamique continuera de dynamiser et d’inspirer une partie de l’économie mondiale dans les années à venir.

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