La question du maillot de bain pour musulman, que ce soit pour l’homme ou la femme, est régulièrement évoqué, surtout en période d’été. Entre les contraintes de la pratique sportive, les loisirs aquatiques et les obligations religieuses, de nombreux croyants se demandent : le sarouel de bain pour homme et le burkini pour femme sont-ils conformes à la législation islamique ? Cet article examine cette question à la lumière du Coran et des hadiths authentiques, en adoptant une perspective de jurisprudence islamique fondée sur les sources primaires.
Le principe de la pudeur (al-ḥayāʾ) en islam
La pudeur constitue l’un des fondements éthiques de l’islam. Le Prophète ﷺ a déclaré dans un hadith rapporté par Abū Hurayra et authentifié par al-Bukhārī et Muslim :
« La foi comporte soixante-dix et quelques branches. Le meilleur d’entre eux est la parole : « Il n’y a de divinité digne d’adoration qu’Allah », et le plus bas est l’enlèvement d’un obstacle du chemin. Et la pudeur (al-ḥayāʾ) est une branche de la foi. »
Ce hadith établit que la pudeur n’est pas une simple coutume culturelle, mais bien une composante intrinsèque de la foi musulmane. Il en découle que tout vêtement ou comportement doit préserver cette pudeur.
Le sarouel de bain pour l’homme musulman
L’obligation de couvrir l’awra masculine
En islam, l’awra de l’homme — c’est-à-dire la partie du corps qui doit obligatoirement rester couverte — est définie par consensus des juristes (ijmāʿ) comme s’étendant du nombril jusqu’aux genoux. Cette règle repose sur de nombreux hadiths, notamment celui rapporté par Muḥammad ibn Jahsh :
« Le Messager d’Allah ﷺ a passé devant Maʿmar alors que ses genoux étaient dénudés et il dit : « Ô Maʿmar, couvre tes genoux, car le regard porté sur les genoux est un regard de tentation (ʿawra). » (Rapporté par Abū Dāwūd, authentifié par al-Albānī dans Sahīh al-Jāmiʿ).
Un autre hadith, rapporté par ʿAlī ibn Abī Ṭālib, renforce cette prescription :
« Ne découvrez pas vos cuisses, et ne regardez pas les cuisses des vivants ou des morts. » (Rapporté par Abū Dāwūd et Ibn Māja, authentifié par al-Albānī).
Le sarouel de bain : une solution conforme ?
Le sarouel de bain (ou pantalon de bain islamique) est un vêtement conçu pour couvrir les jambes de l’homme jusqu’aux chevilles, souvent associé à un haut ample couvrant le torse. Du point de vue de la jurisprudence islamique :
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Couverture de l’awra : Le sarouel couvre intégralement la zone du nombril aux genoux, et souvent au-delà, respectant ainsi l’obligation légale.
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Matériau non transparent : Le vêtement ne doit pas être transparent, car le Prophète ﷺ a interdit les vêtements transparents qui ne dissimulent pas l’awra. Dans un hadith rapporté par Abū Dāwūd, le Messager d’Allah ﷺ a vu un homme vêtu d’un seul vêtement fin qui laissait voir sa peau, et il lui ordonna de se couvrir.
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Absence de moulage : Le vêtement ne doit pas être moulant au point de décrire les formes intimes. Les juristes hanafites et malikites insistent sur le fait que l’awra doit être couverte de manière à ce que sa couleur et sa forme ne soient pas discernables.
Conclusion sur le sarouel de bain : S’il respecte ces conditions — couverture complète de l’awra, opacité, absence de moulage explicite — le sarouel de bain est conforme à la législation islamique pour l’homme. Il permet de pratiquer la natation tout en préservant la pudeur prescrite.
Le burkini pour la femme musulmane
L’awra féminine et ses conditions
Pour la femme, l’awra est plus étendue. Le Coran prescrit :
« Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de rabattre sur elles leurs jilbabs. Cela est plus propre pour qu’on les reconnaisse et ne leur fasse pas de tort. » (Sourate al-Aḥzāb, 33:59).
Le jilbāb désigne un vêtement ample qui couvre l’ensemble du corps. De plus, le Coran stipule :
« Et qu’elles ne montrent pas leurs atours, excepté ce qui en paraît normalement. » (Sourate an-Nūr, 24:31).
Les juristes s’accordent pour dire que l’awra de la femme en présence d’étrangers (non-mahrams) comprend l’ensemble du corps, à l’exception du visage et des mains selon l’opinion majoritaire des écoles hanafite, malikite et hanbalite (certains hanbalites excluent aussi le visage).
Le burkini : analyse juridique
Le burkini (contraction de « burqa » et « bikini ») est une tenue de bain intégrale composée généralement d’un bonnet, d’une tunique longue et d’un pantalon, le tout en matière aquatique. Sa conformité islamique dépend de plusieurs critères :
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Couverture complète de l’awra : Le burkini doit couvrir tout le corps sauf le visage et les mains (selon l’opinion retenue). Certains modèles incluent une cagoule couvrant les cheveux et le cou, ce qui est préférable.
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Opacité totale : Le matériau ne doit en aucun cas devenir transparent lorsqu’il est mouillé. Le Coran dit : « Ô enfants d’Adam ! Nous vous avons donné des vêtements pour couvrir vos parties honteuses et comme parure. » (Sourate al-Aʿrāf, 7:26). Si le vêtement mouillé devient transparent, il ne remplit plus sa fonction de couverture.
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Ampleur et absence de moulage : Le burkini ne doit pas être moulant au point de décrire les formes du corps. Le but du vêtement islamique est de dissimuler la silhouette, pas de la mettre en valeur. Le Prophète ﷺ a maudit celui qui porte les vêtements de l’autre sexe et ceux qui cherchent à attirer le regard par leur apparence.
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Absence de ressemblance avec les vêtements des mécréants : Certains juristes ajoutent que le vêtement ne doit pas imiter les tenues des non-musulmans dans leur symbolique contraire à l’islam. Cependant, le burkini étant une innovation récente répondant à un besoin spécifique, cette condition est généralement considérée comme remplie s’il est distinct des tenues de bain occidentales.
Le contexte de la pratique
Une question subsidiaire se pose : la femme peut-elle nager en présence d’hommes étrangers ? La jurisprudence islamique interdit généralement le mélange libre entre hommes et femmes non apparentés dans des contextes où les corps pourraient être exposés ou où la tentation est présente. Cependant, si les conditions suivantes sont réunies :
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La tenue respecte strictement les conditions de pudeur énoncées ci-dessus,
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L’exposition est minimale et involontaire,
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L’accès à des piscines privées ou des plages ségréguées est impossible,
alors certains juristes contemporains autorisent la pratique, en privilégiant néanmoins les espaces réservés aux femmes lorsque cela est possible.
Conclusion sur le burkini : Le burkini est conforme à la législation islamique s’il respecte strictement les conditions de couverture totale, d’opacité même mouillé, d’ampleur et de non-moulage. Il constitue une solution pragmatique pour les femmes musulmanes souhaitant pratiquer la natation dans le respect de leur foi.
Synthèse et conseils pratiques
Table
| Critère | Sarouel de bain (homme) | Burkini (femme) |
|---|---|---|
| Couverture obligatoire | Nombril aux genoux | Corps entier (sauf visage/mains) |
| Opacité | Oui, même mouillé | Oui, même mouillé |
| Ampleur | Non moulant | Non moulant |
| Conformité | ✅ Conforme si conditions respectées | ✅ Conforme si conditions respectées |
| Contexte préférable | Éviter le mélange excessif | Espaces féminins si possible |
Conclusion
Le maillot de bain pour musulman, qu’il s’agisse du sarouel de bain pour homme ou du burkini pour femme, trouve sa place dans la législation islamique à condition de respecter les principes fondamentaux de couverture de l’awra, d’opacité et de pudeur. Ces vêtements ne sont pas des concessions à la modernité, mais des outils permettant au croyant de concilier ses obligations religieuses avec les nécessités de la vie contemporaine.
Le musulman et la musulmane doivent néanmoins garder à l’esprit que la pudeur commence dans le cœur avant de se manifester sur le corps. Comme le disait le Prophète ﷺ :
« La pudeur ne produit que le bien. » (Rapporté par al-Bukhārī).
Qu’il s’agisse de choisir un sarouel de bain ou un burkini, l’intention (niyya) doit rester pure : obéir à Allah et à Son Messager, dans la recherche du licite et l’évitement du blâmable.







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